La mondialisation du cyclisme est en marche. Le mouvement est plutôt récent mais est déjà sur toutes les lèvres. En moins d’une décennie, le cyclisme est devenu un sport planétaire et l’Asie rattrape doucement mais surement son retard sur les nations historiques du cyclisme pour la plupart européennes. En 2009, la presse nipponne s’est enflammée pour suivre les exploits de Fumiyuki Beppu et Yukiya Arashiro, premiers japonais à boucler le Tour de France. Depuis « la petite reine » suscite de plus en plus d’engouement au Japon et c’est aujourd’hui tout un peuple qui se met à rêver du Tour. Le Team Bridgestone-Anchor incarne cette poussée nippone qui tente de conquérir l’Europe et de se forger un nom dans l’histoire du cyclisme. Cette petite équipe continentale voit loin mais voit surtout très grand puisqu’elle souhaite être la première équipe asiatique à intégrer le World Tour et à prendre le départ du Tour de France. Rien que ça… Bridgestone aura en tout cas l’occasion d’affronter les cadors d’aujourd’hui et de contempler le chemin qui lui reste à parcours lors du Tour du Qatar qui débute ce dimanche et où elle a reçu une précieuse invitation. Cyclism’Actu est allé à la rencontre de son directeur sportif français, Denis Leproux, ancien d’Agritubel et de Cofidis, pour en savoir plus sur cet intérêt aussi soudain que populaire. Entretien.
Denis, après Agritubel, Cofidis et Veranda Rideau, vous voilà parti à l’autre bout du Monde, dans une équipe japonaise, le Team Bridgestone. Comment êtes-vous arrivé dans ce projet ?
J'ai été contacté par Nobuhito Kubo, le directeur sportif de l'équipe Bridgestone Anchor Cycling Team, au début du mois d’août et après plusieurs entretiens le projet m’a séduit. J’avais envie de voir autre chose, une autre culture du vélo et je trouve que c’est un beau défi.
Quelles sont vos espérances à court terme ?
A court terme, nous espérons nous installer solidement sur le circuit européen et faire progresser le cyclisme japonais avec l'apport de l'expérience des européens et vice versa. L'objectif est, et restera, d'être évolutif avec des sponsors 100% japonais. Nous allons faire le maximum pour faire progresser l'équipe sur les 5 prochaines années et évoluer rapidement vers la continentale pro dès 2014 mais en restant toujours et uniquement liés à nos sponsors Japonais. Nous envisageons également d’étendre notre partenariat au sein même du groupe Bridgestone. Par ailleurs, Shimano s’est engagé pour 3 ans à nos côtés pour renforcer l’atteinte de nos objectifs. C’est déjà un beau début.
Et à plus long terme ?
A long terme, l'objectif est de participer aux plus grandes courses du calendrier international et bien évidement au Tour de France. L’objectif sera donc de devenir la première équipe asiatique et donc japonaise à intégrer le World Tour. Au Japon, l’intérêt du cyclisme ne cesse de croitre. Il y a beaucoup de belles choses à faire.
« Les japonais sont de bons grimpeurs »
Quels sont les principales différences entre une équipe européenne, ou tout du moins française, et une équipe asiatique ?
Pour l'instant je n'ai pas assez de recul pour pouvoir répondre. Je n'ai pas encore eu toute l'équipe réunie et je vais faire la connaissance des coureurs japonais lors du Tour du Qatar et du Tour d’Oman. Sinon, le fonctionnement de l'équipe est le même que pour une équipe Française. D’ailleurs l’équipe n’est pas si japonaise que ça car elle est basée à Tourville à coté de Rouen.
Mais aujourd’hui ça reste une petite équipe bien méconnue en Europe, quels sont vos leaders ? Il n'y a pas de leader ! Tous les coureurs en début de saison ont le même statut mais les choses évolueront surement en cours de saison. Des coureurs japonais comme Miataka Shimizu ou Kazoue Inoue sont de très solides compétiteurs et risquent d’en surprendre plus d’un. Shimizu a d’ailleurs gagné Paris-Corrèze il n'y a pas si longtemps. Pour ce qui est des européens, il y a de la qualité aussi et je pense que nous allons avoir des résultats intéressants assez vite.
Sur quels terrains l’équipe Bridgestone va-t-elle pouvoir s'exprimer ?
La plupart des coureurs japonais et européens sont de bons grimpeurs. Nos terrains de prédilection seront les courses dures. Les Boucles du Sud Ardèche seront un premier gros test d’autant plus que nous sortirons du Tour du Qatar et du Tour d’Oman. Les jambes et la condition devrait être au rendez-vous. Nous avons également de bons puncheurs comme Alexandre Lemair et le jeune japonais Ryota Nishizono qui possèdent tous deux une bonne pointe de vitesse.
« Il y a encore beaucoup de choses à faire »
Pour en revenir sur le cyclisme asiatique. On sait qu’il est en plein essor, mais comment jugez-vous son développement ?
Le cyclisme asiatique est en constante progression depuis plusieurs années. Le fait de regrouper des coureurs japonais et européens au sein d’une même équipe permet à chacun d’apprendre des points forts des uns et des autres et ainsi tirer tout le monde vers le haut que ce soit d’un point de vue individuel ou collectif. Il y a encore beaucoup de choses à faire, mais c’est déjà un bon début.
Ont-ils malgré tout beaucoup de retard ?
Dire que les coureurs japonais sont en retard reviendrai à les juger avec nos valeurs occidentales. Or, pour appréhender le niveau sportif d’une nation, je pense qu’il est nécessaire de s’imprégner de sa culture et ses valeurs pour analyser les résultats objectivement et ainsi tenir compte de son histoire, de son actualité politique, social, économique entre autre.
« Qatar et Oman, une grosse opportunité »
Vous êtes donc Invité sur le Tour du Qatar et le Tour d’Oman, une sacrée opportunité…
Oui, c’est une très bonne chose pour l'équipe, le début de saison en Europe est compliqué beaucoup de demandes pour les organisateurs des courses de février et il y a donc très peu de place donc pour Bridgestone Anchor. C’est donc une grosse opportunité de pouvoir être présent sur le Tour du Qatar et le Tour d’Oman, c’est très important pour nous et je remercie A.S.O pour cette superbe invitation. Cela permet de commencer la saison de bonne heure et en plus dans de bonnes conditions climatiques.
Il y aura qui plus est un gros plateau, comment faire pour honorer la confiance des organisateurs ?
Pour honorer cette merveilleuse sélection c'est simple, les consignes seront les suivantes : aller dans les échappées aussi souvent que possible et essayer de faire des tops 10. Les coureurs sont motivés ils feront le maximum.
Propos recueillis par Alexandre ROLIN