Le moins que l'on puisse dire, c'est que Frank Vermeulen est un néo-pro qui a de la caisse. A 35 ans, le coureur de Veranda Rideaux U entame en effet sa première saison au sein de l'Elite grâce au passage de son équipe en division Continentale. Déjà à l'avant sur le Grand Prix La Marseillaise, le Normand a frappé encore plus fort sur la dernière Etoile de Bessèges. Échappé en costaud en compagnie de Pierre Rolland lors de la troisième étape, Vermeulen a ensuite réalisé un chrono en tout point remarquable pour s'emparer de la deuxième place au général final, derrière l'intouchable Jérôme Coppel. Bien connu chez les Amateurs, Vermeulen a donc commencé à se faire un nom chez les professionnels. Et il compte bien continuer sur cette voie. Son équipe compte sur lui, et il a l'intention d'assumer son statut sur quelques unes des belles épreuves auxquelles Veranda Rideaux U est invitée. Auprès de Cyclism'Actu, celui qui dit 'profiter à bloc' de sa nouvelle carrière, revient donc sur ses performances de début de saison, décrit son ressenti de néo-pro et se projète sur le reste de l'année 2012. Entretien.
Franck, vous venez de terminer à une surprenante deuxième place au classement général de l'Etoile de Bessèges. Quel bilan tirez-vous de cette petite semaine de course ?
Pour moi, c'est un bilan exceptionnel. Je suis vraiment content de mon résultat. Je ne m'attendais pas à être à un tel niveau. J'y allais, à la base, davantage pour me montrer sur une étape, et essayer de finir devant, ce que j'ai d'ailleurs réussi à faire lors de la troisième étape. Puis, du coup, tout s'est enchaîné avec le classement général. C'est une place de deux, mais qui compte comme une victoire pour moi, sachant d'où je reviens.
« Je n'avais rien à perdre »
Justement, cette troisième étape remportée par Pierre Rolland. Ne faites-vous pas une erreur 'de jeunesse' en prenant le relais durant trop de temps dans les derniers hectomètres ?
Ce qu'il s'est passé, c'est qu'on avait le peloton à nos trousses, sur nos talons. A force de regarder les courses pro à la télé -cela fait 15 ans que je les regarde-, j'ai remarqué que bon nombre d'échappées se faisaient reprendre à 200 mètres de l'arrivée. Je ne voulais pas que ça m'arrive. Quoiqu'il en soit, Pierre (Rolland) a fait sa part de travail également, et de mon côté, je n'avais rien à perdre. J'ai pris la décision de me mettre à bloc, avec dans un coin de ma tête, l'objectif du classement général. Je me suis dit : 'On ne sait jamais. Si je finis dans le peloton lors des étapes suivantes, au chrono je ne vais pas si mal, donc ça peut donner quelque chose de bien.'
Ce contre-la-montre, comment l'avez-vous abordé ?
Le plat m'allait très bien. La bosse en revanche, ne me convenait pas du tout, mais j'ai réussi à m'arracher lors de l'ascension pour aller chercher un bon temps et garder une bonne place au général. Je sais que normalement, en chrono, je me débrouille bien. Chez les Amateurs, je faisais des chronos à 49-50 km/h de moyenne, mais c'est vrai que le faire chez les pros, c'est assez gratifiant.
« Je ne m'y attendais pas du tout »
Donc globalement, vous ne vous attendiez pas à ce niveau...
Je ne m'y attendais pas du tout ! Mais, j'avais quand même préparé très sérieusement le début de saison. L'équipe me fait confiance et j'ai à coeur de leur prouver qu'ils ont raison et de leur redonner cette confiance. Je me suis vraiment bien entraîné cet hiver pour être au niveau. Après, tout dépend des circonstances de course. Cette fois-ci, j'ai su saisir les opportunités qui se présentaient à moi.
Après deux belles épreuves sur le circuit professionnel (échappé à la Marseillaise, 2ème à Bessèges), regrettez-vous de ne pas être passé pro plus tôt ?
Oui c'est vrai, j'ai un peu de regrets je l'admets, car j'aurais peut-être pu faire 15 ans dans l'Elite. L'avantage que j'ai, par contre, c'est que je me rends compte de la chance que j'ai. Même s'il se peut que je ne reste que deux ou trois ans chez les pros, ce n'est que du bonheur. Je pense qu'il y a certains coureurs qui sont chez les pros, mais qui n'ont pas plus le moral que ça. Il ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont. Si j'étais passé pro à 19 ans, peut-être serais-je aussi dans cet état d'esprit. Mais pour moi, actuellement, ce n'est vraiment que du bonheur, donc j'en profite à bloc.
« J'ai connu plus de bas que de hauts durant ma carrière »
Quels seront vos prochains objectifs ?
Avant tout, je vais essayer de bien récupérer, car je suis malade à l'heure actulle. Ensuite, mes objectifs sont avant tout d'aider l'équipe et d'être un bon capitaine de route. Les objectifs personnels, ça vient davantage pendant la course, selon comment celle-ci se déroule. Il y a plusieurs épreuves où nous voulons nous illustrer. Il y aura le Tour de Normandie, les manches de Coupe de France, qui sont forcément intéressantes. On devrait aussi faire les 4 Jours de Dunkerque. Si on peut avoir des résultats sur ces courses-là, ce serait super. On n'est malheureusement pas pris au Circuit de la Sarthe, bien que l'on soit une équipe avec beaucoup de Sarthois.
Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore très bien, comment vous décriveriez-vous en tant que coureur ?
Je suis assez atypique. J'ai connu pas mal de hauts, mais aussi et surtout des bas durant ma carrière. Mais, si l'équipe me fait confiance à l'heure d'aujourd'hui, ce n'est pas par hasard. Ils savent que j'ai les qualités pour évoluer à ce niveau là, si je fais ça serieusement. Ce qui n'a pas toujours été le cas. J'aime particulièrement les épreuves comme l'Etoile de Bessèges qui vient de se terminer, c'est à dire lorsqu'il fait froid et que les conditions climatiques ne sont pas terribles. Autrement, j'espère pouvoir réaliser de belles performances sur les contre-la-montre assez plats que je ferai cette année.
Propos recueillis par Alexandre Mignot
Crédits Photos : Sirotti